MENU
GRATOS
ROMANS
BRÈFLES
ADULTES

Contes presque vrais
et pas totalement faux
Nouvelles

Promenades
au point culminant
Arts et divers

L'ombre de l'Écarlate
Roman

Dachau 1933,
“l'enfer” nazi
Histoire

de la Méduse... à Géricault
Histoire

De profundis
Roman

Délicates chroniques
de la flagellation
Adultes

Dernier été à Saint Désert
Biographie

Des fables et des gens
Arts et divers

Dialogue entre un prêtre
et un moribond
Politique

Dictionnaire d’argot
du siècle
Arts et divers

L'improbable est guttural
Nouvelles

Douze preuves de
l'inexistence de dieu
Politique

Droit au but
Poésie

Duel pour un viol
Histoire

Égalité des hommes
et des femmes
Politique

Grenelle,
variations sur un mot
Histoire

Eugène Pottier, un
défenseur du prolétariat
Biographie

Grand dictionnaire
de cuisine (3 tomes)
Arts et divers

Histoire de la sorcellerie
au comté de Bourgogne
Histoire

Histoires de viandes froides
Nouvelles

Intimit&
Adultes

J'accuse ou
la conscience humaine
Politique

L'étrange cas du Dr Jekyll
et de Mr Hyde
Romans

L'histoire de Pierre lapin
Enfants

Claude Gueux
Politique

Alice au pays
des merveilels
Enfants

À bas le travail
vive les travailleurs
Politique

Made in Cocorico
Humour

Pour l'amour d'un homme
Nouvelles

Promesse d'Angleterre
Histoire

Le temps des rencontres
Nouvelles

La tapisserie de Bayeux
Arts et divers

La fin du monde
Romans

Considérations sommaires
sur la prison
Politique


LA CHANCE
DE LA MIGRATION,
NO BORDERS !
Treize Nouvelles

Deuxième Nouvelle
DRAPEAU DE CONQUÊTE

James Irwin, ce 31 août 1971, pose le module lunaire d’Apollo 15 sur la plaine d’Hadley... sur la Lune.
Dans sa tête, s’entrechoquent toutes ses pensées.
“Quel dieu formidable, qui a su créer la Lune et que je puisse y poser le pied.”
Son collègue, David Scott, le réveille de ses pensées.
— Hey ! Où sont les enveloppes ?
James le regarde, encore perdu dans ses pensées chrétiennes. Le regard vide.
— Les enveloppes... ?
Soudainement, ça lui revient. Les enveloppes[1] tamponnées avant le départ, qui seront retamponnées sur l’USS Okinawa après leur retour. Un lot d’enveloppes à sept mille dollars pour chacun des astronautes de la mission. Et qui auraient dû se trouver dans le module[2].
— Oui, les enveloppes ! Je t’avais dit de les prendre, James.
James Irwin se secoue la tête.
— Pardon, j’étais ailleurs...
— Où ça ?
— Avec Dieu !
David, cette fois, a vraiment l’impression que son collègue se fout de lui.
— Quoi ? Dieu ? Mais arrête d’être dans la Lune !
Son collègue lui sourit bêtement.
— Ben... justement.
— C’est pas drôle ! Mon contact, Hermann Sieger, attend les enveloppes qui auraient dû être ici avec nous. D’après toi, on va faire comment ?
— J’ai bien une idée, mais je sais pas si tu vas être d’accord.
— Dis toujours.
James, tel le garçon si bien éduqué dans la foi chrétienne, penche la tête sur le côté, écarte les mains à plat de chaque côté de lui.
— Ben... on leur ment.

— James !
Ils sont interrompus par la radio. Alfred M. Worden, le pilote du module-mère, Endeavour, les appelle.
— James ! David ! Répondez, bordel !
— Oui, on est là... tu sais qu’on a oublié quelque chose !
— Ah, vous vous en êtes aperçu.
— Ben oui, et forcément, c’est pas cool, on va perdre du fric.
De l’autre côté du poste, un long silence pesant qui dure, dure, dure.
— Euuuh, on parle pas de la même chose, les gars, dit Alfred.
Cette fois, le silence est pour les deux astronautes du module lunaire.
— Tu veux dire quoi, alors, Alfred ?
— Ben, et vous ?
— Les enveloppes...
Un bruit sourd se fait entendre, comme une grande claque. Alfred vient de se donner une claque sur le front.
— Mais bordel... bande de sacrés cons... qu’est-ce qu’on en a à foutre. Je vous parle du drapeau !
James et David se regardent l’un l’autre, hébétés. Et ensemble...
— Merde ! Le drapeau !
— Aussi ! ajoute Alfred à la radio.
— Le drapeau... aussi, reprennent les deux automates, dans le module.

— Allô, Houston... on a un problème !
— Ah non ! Pas encore ![3]
— Non, pas la même chose, on est bien sur la Lune.
— Ah ! C’est bien... mais alors ? Vous avez vu des Soviétiques ?
— Nan, c’est pas drôle.
— Merde, vous me faites peur... qu’est-ce qu’il se passe là-haut ?
— On a oublié le drapeau !
Un long silence remplit totalement l’atmosphère dans le Centre de contrôle des missions.
— Lequel ?
Après un nouveau long silence de solitude.
— Le soviétique, pardi ! Celui que le camarade Brejnev nous a demandé de planter, tu penses !
Un rire commun secoue le Centre de contrôle à l’écoute de la blague.

David Scott est un peu nerveux en attendant que Houston les rappelle.
— Apollo ?
La voix dans la radio est peu rieuse.
— Oui, Houston, vous avez une solution à nous proposer ? Parce qu’ici, nous, on sèche.
— Bon, les gars, on a été obligé d’en parler au grand Manitou.
Un nouveau long silence s’abat.
— Nixon ?
— ...
— Allô ? Houston ?
— Non, pas ce Manitou-là... un autre, plus important.
— ???... Lui ?
— Eh oui, les gars...
Dans la cabine du module d’Apollo 15, c’est la consternation. C’est un peu comme si David Scott, et surtout James Irwin, le plus religieux, aient reçu l’Empire State Building sur le crâne. Car la personne en question n’est autre que le docteur James C. Fletcher, administrateur de la NASA depuis avril de la même année.
— The Preacher ?[4]
— Absolument... vous allez en chier.
Un rire assez narquois dans la radio suit la condamnation.
— Houston ?
— Oui... Alfred, qu’y a-t-il ?
Celui qui est resté dans le module principal, avec le drapeau, se racle la gorge. Il a l’air embêté.
— Dites... moi, j’y suis pour rien de leur connerie. Moi, je suis resté dans le module Endeavour.
David et James se regardent, interloqués par la sécession de leur camarade de mission.
— Ah ben bravo ! Merci, Alfred, de ton soutien.
— James a raison, Alfred, t’es vraiment qu’une belle saloperie.
Alors que le vaisseau est sur le chemin de retour, dans la phase translunaire, la radio de communication avec Houston passe “Ainsi parlait Zarathoustra”.[5]
— Houston, c’est quoi, cette blague ?
— Il faut aller chercher les cassettes de prises de vues de votre séjour sur la Lune.
James et David se tournent d’un seul homme vers leur compagnon de voyage.
— Alfreeeed !
— Déconnez pas ! Si je sors, je veux revenir.
— Mais ouiiiii, vous allez... Alfred.
— David a raison... on ne pense plus à te faire la peau... juste à te scalper.

À 16 h 45, heure de la côte est des États-Unis, le 7 août 1971 ; les astronautes Alfred M. Worden, James Irwin et David Scott amerrissent près d’Hawaï. Puis un hélicoptère les prend pour les ramener à bord de l’USS Okinawa.
Ils se font assez discrets, ce qui étonne le directeur Gilruth, venu exprès pour les accueillir à bord du navire amphibie. Il les salue alors qu’ils s’éclipsent.

Un peu plus tard, alors que la smalah les a enfin lâchés et qu’ils sont au mess, en train de déguster autre chose que les rations spatiales, un type assez grand, baraqué, mais quelconque... un “costard cravate”, arrive.
— Ah ! Bonjour, messieurs !
Seul James Irwin se tourne vers lui, alors que les autres entament un nouveau Big Mac[6], ce machin un peu spongieux avec un peu de tout à l’intérieur, qu’on leur a offert en leur disant que c’était nouveau, que ça venait de l’est, de Pittsburgh exactement.
— Vous êtes qui ?
— Spencer Tracy, assistant de Glynn Lunney.[7]
Les trois visages se tournent vers le nouvel arrivant en le dévisageant.
— Non, non... un homonyme.[8]
— Tu fais comme tu peux, mon gars, dit David avant de reprendre une bouchée.
— Tu viens pour quoi ? dit James.
— Bah... les photos avec le drapeau...
— T’es pas au courant... on les a pas.
— Je sais, c’est pour ça. On va les faire à terre. Nixon tient à vous avoir en photo.[9]


[1] Véritable scandale qui prit fin avec le communiqué de presse du 11 juillet 1972, indiquant que “les actions des astronautes seraient dûment prises en compte lors de leur sélection pour une affectation future.”
[2] C’est ici une fiction... elles y étaient bien, dans la réalité.
[3] Un peu plus d’un an auparavant, en avril 1970, Apollo 13 a eu les ennuis qu’on sait. Et la première phrase du drame a été “Allo Houston, on a un problème.”
[4] Ce surnom est inventé, mais il peut fort bien, d’une certaine manière, correspondre au mormon qu’était le docteur Fletcher, un scientifique strict et moral.
[5] Musique principale de la bande originale de “2001, l’Odysée de l’espace”, sortie en 1968.
[6] Inventé en 1967, il est commercialisé dès 1968 dans plusieurs centaines de restaurants MacDonald’s.
[7] Directeur principal du vol Apollo 15.
[8] Spencer Tracy était un des grands acteurs d’Hollywood. Il est mort le 10 juin 1967 ; d’où leur surprise.
[9] Évidemment, dans la réalité, les photos ont bien été prises sur le sol lunaire.

(mardi 2 décembre 2025, troisième Nouvelle “Enfermer dehors”)