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Avant qu’il ne soit trop tard

Depuis deux bonnes heures, peut-être trois ou quatre, j’étais assis tranquille- ment à attendre que le temps passe.
Un corbillard aussi passa dans la rue ; je sentis un souffle froid sur ma nuque, un pressentiment, une peur panique.
Je me levai subitement de mon siège et décidai de passer l’aspirateur dans tout l’appartement, de faire la vaisselle, la poussière, mon lit, de m’habiller, de me recoiffer, de gratter des points noirs, de me parfumer, d’écrire un merveilleux chant d’amour, de répondre à cent cinquante-sept annonces d’emploi d’affilée dans le télémarketing et d’apprendre par cœur, article par article, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, histoire de prouver au monde entier que j’avais bien fait quelque chose de ma vie.

Naissance d’une amitié

Dracula cherchait désespérément du sang en ville ce soir-là.
Il avait alors suivi un étrange poète jusqu’à chez lui. C’était une victime facile.
Dracula l’avait pris par surprise, enfonçant ses dents, certes jaunies, mais encore bien acérées, dans son cou.
L’étrange poète, déjà mal en point, n’avait strictement rien senti. Il marmonnait tout seul, il attendait la fin dans l’alcool, au-delà de l’ivresse, ayant tiré un trait sur toute chose, sur la poésie, qu’il ne supportait plus, la sienne et celle des autres. [...]