liste,illustrateurs,célèbres
édition,illustrée,dessins
éditeur,arts,livres
livre,art,dessin
dessin,album,ancien
art,dessin,illustration
gravure,art,livre
À LA POURSUITE
DE GUSTAVE DORÉ

Blanche Roosevelt
illustré d’œuvres de Gustave Doré

190 pages - format carré (21cm)

La vie de Gustave Doré racontée comme un roman, une quête, à travers les témoi-gnages de ses parents et amis. Un livre rare sur l’un des plus grands illustrateurs de son siècle.

CHAPITRE PREMIER STRASBOURG — LA FAMILLE DORE — NAISSANCE DE GUSTAVE La première fois que je visitai Strasbourg, je n’éprouvai d’autre sentiment que celui d’une admiration profonde à la vue de la majestueuse cathédrale, dont la flèche perdue dans les nuages domine et amoindrit tout ce qui l’entoure. Je parcourus les vieilles rues, avec leurs maisons à pignons ; je regardai couler le Rhin au pied des murs fortifiés ; mais rien ne me retenant plus, je partis. Plus tard, Strasbourg prit à mes yeux un intérêt puissant, lorsque j’appris que cette ville était le berceau d’un grand artiste, d’un homme qui s’éleva par la force créatrice de son génie au-dessus de ses contemporains, et qui resta, pour ainsi dire, isolé au milieu d’eux, comme la flèche colossale de l’église qui monte une garde éternelle devant la Forêt-Noire. En 1831, Strasbourg était à peu près ce qu’elle est aujourd’hui : mêmes rues curieuses, mêmes Alsaciens enjoués parlant le français avec un exécrable accent allemand. Quiconque a connu la cité à cette époque se souviendra de la rue de la Nuée-Bleue, qui était alors, comme elle est maintenant, la principale artère de la ville. Là, dans une solide maison en pierre, au toit pointu, à la façade riante, demeuraient un ingénieur civil, sa jeune femme, leur petit garçon, et une bonne dévouée, nommée Françoise. M. Doré, homme intelligent, exécutait des travaux importants et rémunératifs. Il s’était marié à Schirmeck et, avant de s’établir à Strasbourg, avait passé quelque temps à Épinal, où était né son fils Ernest. Lorsqu’il vint se fixer dans la capitale alsacienne, sa femme était enceinte pour la seconde fois, La vieille Françoise, membre important de la famille, avait été recommandée à la jeune Mme Doré par Mme Braun, une cousine de sa mère, Mme Pluchart. Je savais que Mme Braun avait été de tout temps dans l’intimité des Doré : je résolus de la rechercher et de tâcher de la faire causer. Née à Paris, au moment de la chute de Robespierre, elle était tellement âgée que je craignais fort de ne pas être admise à la voir ; mais, un beau jour, je réussis à me faire recevoir, et elle me raconta bientôt non seulement l’histoire de Françoise, mais encore elle me donna beaucoup de détails relatifs à la famille Doré : on les trouvera plus loin. « Françoise est la meilleure et la plus dévouée créature qu’il y ait au monde, » m’affirma Mme Braun. J’ai conseillé à Alexandrine de la prendre. « Je te la donne, lui dis-je ; elle voudrait rester avec nous, mais cela n’est pas possible. Elle te convient parfaitement. » C’est ainsi que les Doré ont adopté Françoise et que celle-ci a élevé leurs enfants, qui l’ont aimée comme une mère. Plus tard, j’eus la bonne fortune de voir cette remarquable personne elle-même, et lorsque je l’interrogeai au sujet de ses maîtres, elle me répondit : « En janvier 1832, M. Doré partit pour quelques jours. Comme vous le savez, nous habitions alors Strasbourg. Le 5 du mois, — je m’en souviens bien, car c’était la veille des Rois —, madame se mit au lit. Il faisait un temps affreux, du vent, de la neige : c’était horriblement triste. Passé minuit, le docteur Goupil arriva. Après une longue attente, entre cinq et six heures du matin, il m’appela et me mit l’enfant entre les bras, en disant : « Tenez, Françoise, voilà votre petit ! Mettez-le dans votre tablier et emportez-le. » C’est ce que je fis. Il n’était pas bien gros, mais fort bien constitué. Dame, il était venu au monde le jour de l’Epiphanie, et cela porte bonheur ! Trois jours après, on le baptisa. Il reçut les noms de Louis-Auguste- Gustave ; mais nous l’avons toujours appelé Gustave. — Cependant, Françoise, lui dis-je en l’interrompant, Doré a toujours prétendu qu’il était né le 1er janvier. Comment a-t-il pu commettre une pareille erreur ? — Bêtise ! fit-elle en frottant l’une contre l’autre ses mains ridées. C’était le 6, bien sûr ! Peut-être s’est-il mis cette idée en tête, parce que nous l’appelions toujours : nos Étrennes. 11 n’y a pas beaucoup de femmes qui en offrent de pareilles à leurs maris. Cher petit ! Était-il assez précoce, assez futé ! Je vous assure qu’à neuf mois il marchait déjà, ou du moins il allait partout à quatre pattes, et cela si vite que c’était tout comme. Aucun de ses frères n’a eu son intelligence. — A-t-il jamais été malade ? deman- dai-je. — Il a eu les petits bobos de l’enfance, — mais rien que sa vieille Françoise ne pût guérir — sauf une fois — et de cette fois n’en parlons pas. C’était un fier enfant, allez ! Et sain, et droit comme un jeune sapin. — Pas bien longtemps après, un autre enfant est né. Celui qui est le colonel Émile, le soldat. Je l’aimais bien aussi, mais Gustave était mon favori. » La vieille femme se mit à pleurer. Les larmes l’étouffent chaque fois qu’elle parle de son « enfant Gustave ». Elle essuya ses yeux du coin de son tablier et se remit à parler de lui ; tellement tout son cœur et toute son âme étaient remplis par cet être chéri. On croit, généralement, que Doré naquit en 1833. Pour rétablir les faits, je donne en entier une copie authentique de sa déclaration de naissance, fait à Strasbourg, le 9 janvier 1832 : (voir dans l’extrait pdf ci-dessous) M. Daubrée, ex-président de l’Institut de France, intime ami des Doré, m’a donné de précieux renseignements sur leur manière de vivre et sur leur intérieur pendant les années qui s’écoulèrent entre 1832 et 1848. « C’était un ménage aisé et heureux, disait-il, égayé par la présence des enfants. Les trois fils, d’âges si rapprochés, étaient cependant de caractères et de dispositions entièrement opposés. Ernest, l’aîné, remarquablement intelligent, visionnaire lorsqu’il aurait fallu être pratique, excellent musicien, était en somme un charmant enfant. Emile, le cadet, robuste, vif, avec un cœur excellent, aimait aussi la musique. Mais la nature de Gustave était complexe. Tantôt il était plein d’affection, de tendresse, de douceur, d’entrain ; tantôt sombre, fier, ambitieux, exigeant et rêveur. C’était lui qui gouvernait effectivement la maison. Ses caprices semblaient le rendre plus cher encore à sa mère ; elle l’adorait. Il est difficile de s’imaginer un enfant plus étrange et plus séduisant. Caressé et choyé de tous, il possédait [...]

Biographie de Gustave Doré illustré de dessins et gravures d'un des plus grands illustrateurs français
illustrateur,Doré,biographie
biographie,illustrateur,ancien