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ALMANACH
DU PÈRE UBU

Alfred Jarry
illustré par l’auteur
76 pages - format carré (21cm)

Le père Ubu est un personnage haut en couleurs, dont la gouaille et l’humour décapant fait partie de la légende. Né en un siècle de découvertes en tout genre, il nous transporte dans ses amusements pataphysiques et ses réflexions à la marge du surréalisme.
Confession d’un Enfant du siècle COMMENTAIRES DU PERE UBU Sur les Evènements récents PERSONNAGES PERE UBU - SA CONSCIENCE La chambre à coucher du Père Ubu. PERE UBU (se réveillant à moitié). — Quel tapage ! Ce réveille-matin n’en finira pas de carillonner à la porte de mon œil ? C’est bon, on va s’ouvrir. D’ailleurs, il doit être l’aube. En effet, trois heures de l’après-midi. Il n’y a pas de raison pour que je n’appelle pas l’aube le moment où je me lève aussi bien que celui où c’est le soleil qui se lève. (Au Réveil). Te tairas-tu, sagouin ? — C’est tout de même un bon réveil, qui marque le cours de la lune et de la rente, les heures, les minutes, les secondes et les siècles, et qui est garanti deux ans. (La sonnerie redouble). Ah ! Mon Dieu ! C’est au moins l’heure du Jugement Dernier. LA CONSCIENCE (sortant de la table de nuit). — Pas exactement, ce n’est que le siècle qui sonne ! P.U. — Le siècle ? Mais il me semble qu’il a déjà sonné, l’année dernière ! Comme le temps passe ! Il est vrai que, comme je n’étais pas disposé à me déranger, j’ai dit que mon réveil avançait. CON. — Et ainsi, par votre faute, des tas de gens, qui n’admettent d’autre vérité que ce que vous dites, ne savent pas encore si c’est l’année dernière ou cette année que le siècle commence. Père Ubu, vous n’avez pas honte ? P.U. — Monsieur ma Conscience, nous n’avons jamais honte, d’abord, c’est un principe. Tenez votre langue, ces gens-là sont des idiots et moi je sais ce que je dis. C’est bien aujourd’hui le vingtième siècle précisément, de par mon savoir en météorologie et parce qu’il me plaît ainsi. Mais s’il ne me plaisait pas ainsi, j’affirmerais que mon horloge à siècles retarde cette fois et que c’était l’année dernière. Et puis cela m’embête que cette sonnerie séculaire fasse tant de vacarme tous les ans ; mais comme l’instrument n’est garanti que deux ans, je prends patience : j’espère que l’année prochaine il ne marchera plus et me laissera enfin tranquille. CON. — Père Ubu, vous êtes-vous préparé à ce que vous avez coutume de faire en changeant de siècle ? P.U. — Changer de chemise en même temps ? Mais cela fait bien souvent. Con. — Je ne parle pas du blanchissage du linge de votre gidouille, Père Ubu, mais de la lessive de votre âme ; ne tardez pas : car qui peut se flatter de vivre encore cent ans ? P.U. — Monsieur, je ne comprends rien de ce que vous dites. CON. — Il est temps de faire votre examen de conscience, la récapitulation de tout ce qui s’est passé de bien ou de mal dans ces derniers cent ans ; car il y a fort peu d’aventures où vous ne vous soyez mêlé, sans que cela vous regardât d’ailleurs ; aussi êtes-vous responsable de tout, et c’est pourquoi le monde va si de travers ! P.U. — Va si bien, Monsieur, voulez- vous dire ; car si nous régissons le monde à l’envers, comme un fleuve que nous faisons rebrousser vers sa source, c’est afin qu’il s’éloigne de sa fin ! Soit, je consens à me glorifier, en votre présence, Monsieur ma Conscience, de mes derniers exploits, mais je ne me rappelle plus très loin : en remontant au déluge, quand j’étais Napoléon ou Pharaon et que je faisais admirer à mes soldats les siècles perchés sur les Pyramides... Tout ceci a déjà été imprimé pour faire croire que c’est arrivé et instruire les petits enfants ; aux temps préhistoriques, je veux dire quand notre précédent Almanach n’était point encore paru(1) ! Il était moins gros que celui-ci, parce que j’étais encore petit ! CON. — Êtes-vous allé à l’Exposition ; Père Ubu ? P.U. — Vu qu’aucune manifestation de l’industrie humaine ne nous doit rester étrangère, oui, Monsieur, nous y sommes allé ! CON. — Combien de fois ? P.U. — Vous devenez indiscret !... Je ne sais trop... ah si : une fois seulement et au plus ; je suis entré par une porte et ressorti par une autre, ce que n’avaient pas l’esprit de faire les myriades de badauds capturés dans cet enclos comme en une souricière. Si mon désir eût été d’observer des passants, je les aurais aussi bien vus en liberté sur leur boulevard natal. Quant aux baraques fermées et autres étables, je n’y ai point pénétré : je n’ai eu envie de contempler aucune des curiosités qu’on les disait recéler, parce que j’entends par « curio- sité », un objet que je découvre tout seul, en mes explorations individuelles chez les peuplades barbares, je veux qu’on me le laisse découvrir tout seul ! Tandis que le plus bel objet d’art se banalise dès qu’il est mis à la portée de plusieurs. Je n’ai pas regardé l’Exposition(2) pour la même raison que je n’ai pas l’habitude de lire des manuels vulgarisateurs, vêtir ma gidouille sinon sur P.U. — Assez peu [...] (1) L’Almanach du Père Ubu illustré, Janvier, Février, Mars 1899. (C. Renaudie imp. Paris 1899). Que nous pensons publier avant avril 2099. NdE (2) Exposition universelle de Paris, du 15 avril au 12 novembre 1900, plus de 50 millions de visiteurs (wikipedia.org). NdE [...]
Almanach d'Alfred Jarry avec son Ubu légendaire
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