CHRONIQUES
DE L'ALNÉBÉ

André Janus
illustré par l’auteur
116 pages - format poche

Des nouvelles héroic fantasy dans un autre monde, sorti de l’imagination de l’auteur : Alnébé. Un monde avec son histoire, ses nations, ses dieux et... ses habitants.
“En cherchant dans les archives de la grande biblio- thèque de Shâass, à Améasha, j’ai trouvé un vieux grimoire poussiéreux, aux pages jaunies à force d’oubli... on y raconte certaines légendes.”
- Adhjin Delph, le dragon rouge,
- Töl de Frö, le brasier de Khopjot,
- Janis, une sandale verte à boucle d’argent,
- Ramna Palde, l’amour perdu d’Adramapur,
et en supplément :
Lettres-nouvelles de l’Alnébé...
...et en page suivante, la carte géopolitique de l’Alnébé, dessinée par Saarnël de Glad en l’an 2000 (fond de la Bibliothèque de Nalern).
ADHJIN DELPH LE DRAGON ROUGE — Attention Träar ! Un gros pachyderme yslislien venait de frôler de près le photographe de la gazette de Mäar-la-Trull, pour un peu il se faisait empaler. Fär était envoyé ici, à Prälie, pour rendre compte du campement des suns, pauvres hères déplacés au grès des expulsions. La mairie de Prälie, aux mains de la Caste Sangermanopratine faisait tout son possible pour apparaître dans les journaux sous son meilleur jour, pouvant compter sur l’abnégation du service de presse légale. Une décade plus tôt, les suns avaient été expulsés de Läkpelle, un boulevard de Prälie, et en ces quelques jours ils s’étaient réinstallés ailleurs, dans une halle abandonnée. Mais dans l’empire d’Yblisl, seuls les privilégiés peuvent aller et venir sans permis de route. — Fär ! C’est encore loin le machin où tu veux aller ? — Non non ! Tiens… on voit déjà les pachydermes des Corps de Réhabilitation Sociale, ils doivent attendre la sortie des conseillers municipaux, chargés de la fluidité solidaire. — Et tu crois qu’ils vont faire quelque chose ? — M’est avis qu’ils sont là pour le service de presse. La rue Padröl est une sorte de goulot, bordé de vieilles bâtisses plus ou moins défraîchies avec de grandes balafres qui zèbrent les façades. La rue se finissant par un vieux bâtiment délabré, une ancienne halle aux poissons. Là s’étaient réfugiés une cinquantaine de familles suns. La plupart des membres sont des artisans qui essayent de vivre de leur artise, ils fabriquent des meubles, décorent des murs, construisent des armures ou des objets de métal, d’autres sculptent, dessinent, écrivent ou font de la musique, vivant humblement et chichement de leurs travaux. Mais les Castes citadines ne souhaitaient pas leur présence, jugée contraire à la bonne réputation de Prälie. — Tu vois quelque chose Fär ? — Non, je ne vois rien que le soleil vers l’endroit et l’herbe du toit. Träar et Fär se rapprochaient de plus en plus du lieu. Grâce à leur carte temporaire d’expression, on devrait les laisser passer. — Halte ! dit une sorte de grand mâle qui avait une sorte de broussaille grisâtre au menton et le crâne dégarni. Vous avez une Carte ? Il dit ce dernier mot comme si c’était une sorte de Graal magique et impérieux. — Oui Sers-Gens, la voilà. — Et lui là ? Désignant Träar silencieux et résigné. — J’ai son permis d’images… tenez. Le gradé renifla les “Cartes” avec suspicion. Comparant la photo avec les êtres qu’il avait en face de lui, mettant la Carte à côté du visage… — Vous avez les cheveux plus courts sur la photo ! — Bah, vous savez, ça pousse, dit Fär avec un sérieux de proviseur assermenté. — Mouaih… bon, passez et faites-vous tout petit, ça va gicler ! Le militaire municipal accompagnant cette parole avec le geste de son majeur passant d’un côté à l’autre de son cou. — Ça promet Fär… qu’est-ce qu’on fait dans cette galère ? — Allez Träar ! Ne sois pas avare d’humanité, on est là pour rendre compte, c’est le réac’chef qui verra ensuite si y publie ou non. Les deux compères passèrent à côté des rangs serrés du CRS. Ils devaient être plus d’un millier, muni de bâton d’obéissance et de bouclier pédagogique. Tous, droit comme des poteaux télégraphiques, les yeux fixes, tournés en direction de la halle. Träar prit une photo de ces mâles, digne représentant de leur profession. Ils avaient posés pour le photographe, serrant encore plus leur mâchoire carrée, baissant les [...]
Nouvelles d'héroïc fantasy dans un monde imaginaire