CONTES À REBOURS
Denis
146 pages - format poche

Didier Dumas fut mon compa- gnon, mon Homme durant quinze années ; de novembre 1994 à janvier 2010. Cet ouvrage comporte dix-sept contes, un par année. Ce sont des fictions plus ou moins en rapport avec l’événement marquant de chacune. C’est pour moi la manière que j’ai de rendre hommage à lui, à nous.
CONTES À REBOURS À mon amour défunt, Didier Dumas (1943-2010). C’est un jardin extraordinaire 1994 Novembre 1994, il fait froid, Paris frissonne dans cet automne mouillé. J’ai laissé Charles à ses illusions, à sa recherche du pouvoir. Ses rêves de gloire télévisuelle ne me touchent pas. Il est gentil, imaginatif... mais... mais... sans plus. Ce soir j’ai rendez-vous à Gentilly. C’est drôle ; durant douze ans, j’ai habité à Montrouge, commune limitrophe. Et je m’aperçois tout d’un coup que je ne connais pas Gentilly. Je n’y passais qu’en bus, lorsque j’avais besoin d’aller dans cette direction. Où alors à pied, pour prendre mon RER matutinal, afin de gagner ma pitance. Novembre 1994. Il fait froid. Le temps est maussade. Un petit vent glaçant me fait frémir. Fin d’après-midi ; je suis à la porte du 49 de cette petite rue gentilléenne. Je sonne. J’attends. La porte s’ouvre avec un air de chaleur tropicale. L’homme que j’ai en face de moi est souriant ; un grand sourire aux dents blanches. Il a les cheveux comme des broussailles sauvages. Il est en short avec une chemise légère et colorée à demi ouverte. Et il a aux pieds des sandales de cuir. Bronzé, on a l’impression qu’il revient à peine de quelque pays ensoleillé. J’entre. La porte se referme et il m’embrasse d’emblée, me caressant du regard et de la main. Je suis tout de même assez surpris... agréablement surpris de cet accueil si chaleureux et aimable. Mais mes yeux sont attirés par ce qui m’entoure. Je suis dans une gigantesque serre dont je ne vois ni le plafond, ni les côtés. De grands arbres rivalisent entre eux, dans une danse paisible et immobile parmi les fougères luxuriantes. Des bruits d’oiseaux, de ces sons qu’on n’entend que dans les films ou documentaires et certainement pas en banlieue parisienne. Sonorités disparates et joyeuses. Deux petits oiseaux jaunes à la grande queue verte passent au-dessus de nous dans une chorégraphie heureuse. C’est comme s’ils voulaient eux aussi m’accueillir ici... d’ailleurs où suis-je ? Je n’ai vraiment pas l’impression d’être encore à Gentilly. Et je m’aperçois maintenant que j’ai chaud. — Tu veux te mettre à l’aise Denis ? — Je crois que oui... Didier, m’essayais-je à le prénommer pour la première fois. — Viens ; suis-moi. Je n’avais pas remarqué la maison sur la gauche. C’est une maison simple et très belle dans cette simplicité. À ce que je remarque : deux étages au-dessus du rez-de-chaussée, où deux grandes fenêtres ouvrent sur le “jardin”. La porte se situe entre ces deux-là. — Tu vois, c’est mon chez-moi. Déshabille-toi si tu veux ; j’ai envie de te voir nu. Je rougis presque... en fait si mon cœur commence à battre, je ne m’attendais pas à son désir. Mais je ne suis pas prude, et mes expériences passées m’ont déjà vacciné. Aussi c’est tranquillement que je me désape. Posant chaque vêtement, bien plié, sur une chaise en bois noir, une de ces grosses chaises campagnardes, comme j’en avais le souvenir de mes jeunes années. Je suis nu. Il est habillé. Il me regarde en silence. Il s’approche et m’embrasse à nouveau. Contre mon ventre, je sens son émoi. — Viens ! Il me prend par la main et m’emmène dans son jardin. Il est heureux. Je suis bien. La nuit est tombée, et dans une clairière de son “jardin”, sur l’herbe, il y a de gros coussins balinais et de grands batiks recouvrant des matelas épais et profonds. Au centre de cet endroit silencieux, il allume un feu. Je suis assis en tailleur ; il vient se coller à moi, dans mon dos. Il est très doux, très... caressant. Je me laisse faire, je suis hors de tout et je ne cherche plus à comprendre. Juste apprécier le moment. — Ça va ? — Oh oui. C’est assez extraordinaire chez toi. — Merci, je l’ai bâti tout seul, et ça faisait longtemps que je voulais le partager avec quelqu’un. — Ah ? Fis-je innocemment. — Voudrais-tu être celui-là ? Je ne sais trop quoi répondre. Je ne m’attendais vraiment pas à cette question. À son désir de partage. — Je ne sais pas. C’est assez inattendu. — Je ne t’oblige pas. — Oui, j’ai bien compris. Mais... — “Mais” quoi ? — J’en ai aucune idée. Nous nous couchons, lui dans mon dos. Je sens sa douce respiration, son simple plaisir d’être là. Avec moi. Il me susurre alors dans l’oreille : — C’est quoi pour toi l’amour ? Personne ne m’avait jamais posé cette question. Tout à coup, c’est comme une révélation, je comprends que je resterai ici. Moi nu. Lui habillé. Voyage là-bas 1995 Ça faisait un an que j’étais avec lui. Mon Homme. Et pour fêter notre rencontre, il voulut me faire une surprise. J’étais en train de préparer le déjeuner, un repas comme il aimait, avec des légumes, des herbes et quelques condiments outre hexagone. Toujours nu dans cette grande maison, j’étais bien, à lui apporter ce qu’il souhaitait. Pleinement à ma place. Il s’approcha de moi, et comme il aimait souvent le faire ; il se colla à moi, dans mon dos ; me caressant la poitrine ; appuyant, au travers de son pantalon, son sexe contre moi. Il me mordillait une oreille et me dit : — Ça te dirait de partir en voyage Denis ? Je me retournais, et avec un grand sourire je lui répondis : — Oh oui Didier ! Vraiment ? — Bien sûr, vraiment. J’ai envie de te faire découvrir un endroit spécial. Avec lui, vu la maison et le “jardin”, un endroit “spécial”, ça devait être vraiment... “spécial”. Juillet 1995, nous prenons l’avion, pour la première fois ensemble. Je n’aime pas du tout l’avion, une peur indicible. Aussi je suis “obligé” de me faire tourner un peu la tête... avec deux doubles whiskies. En fait c’est au décollage et à l’atterrissage que je suis le plus anxieux. Tout s’est bien passé. Mais au sortir de l’avion, je ne reconnais rien de ce que je “connais” de la Terre. Une chaleur, presque étouffante me prend au visage. Un ciel d’un rose pâle et doux avec des nuages entre blanc et jaune. Et aux pieds de l’avion, un paysage. D’un côté : désertique, quelque chose de martien. Avec un sol rouge brun, très sec. Et de l’autre côté : une forêt clairsemée, de beaux arbres, aux feuilles d’un léger vert. Nous descendons la passerelle. — Alors ? Comment trouves-tu ? J’ai la bouche ouverte, comme si je gobais le moment dans son entier. — Ben... ben... je sais pas. C’est dingue cet endroit. Il souriait en me regardant. — C’est beau, fis-je un peu stupidement. Il me prit alors par la taille et me colla l’un de ses baisers fougueux qu’il aimait. Je me laissais toujours aller dans ses élans amoureux. C’était tellement [...]
Contes érotiques homosexuels écrits en hommage à Didier Dumas, ex-compagnon de l'auteur