CONTES PRESQUE
VRAIS ET PAS
TOTALEMENT FAUX

Énis
illustré par l’auteur
210 pages - format poche

Vingt-neuf contes pour adultes et adolescents. Surréalistes, poétiques, d’humour noir et érotique. Découvrez l’univers parallèle de l’auteur en quelques instants au-delà du miroir.
LA PETITE BOUTIQUE DES HORAIRES Cinq heures / Cinq heures et demie : réveil, petit déj’, lecture de la presse. Six heures et demie : ouverture de L’p’tit café chez Denis éditions. Travail d’éditeur ou publication de post sur l’un des sites. Huit heures sept : Laurel et Hardy en villégiature s’arrêtent. Commandent un petit déjeuner avec des croissants. Pas de croissant. Ils évitent le gag de Fernand Raynaud. J’ai droit à un film muet en 3D. Sympas le pourliche. Neuf heures quarante-trois : Un groupe de marcheurs qui font l’Annapurna s’arrêtent devant chez moi pour me demander leur chemin. Étant donné qu’ils ne sont pas encore arrivés, je leur propose un p’tit verre d’eau. Onze heures trente-deux : Une soucoupe volante stoppe net au-dessus de ma terrasse, une échelle de corde sort de la trappe ventrale. Un être assez difforme, il est tout rose avec des pois d’un rose plus clair ; il a deux incisives supérieures, un peu à l’anglaise ; et ses yeux sont au-dessus de sa tête. Il a de grands tentacules. Il a l’air plutôt pacifique. Il me demande son chemin dans un français parfait. Il cherche Bételgeuse. Je lui indique le chemin grâce à une carte des constellations. Il me prend un livre. Onze heures quarante et une : La factrice arrive. J’attends devant ma porte. Je lui dis bonjour, sourire ; elle me dit bonjour, sourire. Je l’aime bien ma factrice, elle est un peu speedée, mais adorable. Pas de courrier aujourd’hui. Pas de nouvelle, bonne nouvelle. Douze heures douze : Je prépare mon p’tit casse-croûte. Faut bien becqueter un peu. Douze heures treize : Un car de chinois s’arrête. Ils sont soixante-quinze ; je n’ai malheureusement pas assez de place, mais ils me prennent quand même des flyers du Musée d’Épinac et quinze mille photos, même de mes peluches. Mes toilettes privées sont prises d’assaut. Banzaï ! Douze heures cinquante-deux : Je reprends mon sandwich et enfile un petit verre. Douze heures cinquante-sept : Le car de chinois revient, l’un des fils du ciel avait oublié ses lunettes. Il en profite pour reprendre des photos. Treize heures trente-huit : Je me finis un reste de gâteau au chocolat de l’avant-veille. Quatorze heures vingt-deux : Deux mecs dans leur voiture de sport s’arrêtent. Ils prennent un café, ils ont l’air anglais, il me semble les reconnaître : Starky et Hutch ? Non c’est Sinclair et Wilde... très amicaux ! Ils repartent en trombe et évitent de justesse un semi-remorque essayant un record sur départementale. C’est bizarre aujourd’hui. Quinze heures cinquante-neuf : J’ai bien bossé, je mérite une pose film. Je choisis une bonne vieille science-fiction des années soixante : “Les Survivants de l’infini”. Mais bon, avec mon expérience des aliens, je rigole ! Seize heures dix : Un client arrive. Je stoppe le film. Tout petit, il est habillé avec un pardessus qui traîne par terre. Il a un chapeau-feutre sur le crâne, il se déplace en se dandinant. Il me demande sa maison, un téléphone pour sa maison. Je n’y comprends pas grand-chose, ce doit être un mec de l’Est, croate ou macédonien, pour éviter la salade je lui propose de lui prêter mon téléphone... à peine je me suis tourné pour prendre le combiné qu’il était parti. Bizarre ces gens de l’Est, sympas, mais bizarre. Dix-sept heures cinquante et une : Le film est fini. Les héros sont sauvés et le gentil alien va se suicider dans l’océan avec sa soucoupe en flamme. Je reçois un coup de téléphone. — Allô ? — Denis éditions ? — Oui, à qui ai-je l’honneur ? — Dieu. Je raccroche, je n’ai pas de temps à perdre avec celui-là. Il rappellera bientôt ou à la Trinité. Dix-huit heures deux : La journée est finie, bientôt l’apéro bien mérité d’une belle journée. Bizarre, mais belle journée quand même. LE FAUVE EST LÂCHÉ J’ai décidé d’aller voir au loin, loin de ma boutique, très loin de mes chers livres, de l’autre côté de... la porte. Je me suis alors équipé pour cette aventure homérique, que dis-je... digne des explorateurs du XIXème siècle : chaussures hautes pour éviter la faune qui grouille parmi les herbes folles, pantalon léger, chemise safari d’un beau jaune sable, veste à multiples poches et un couteau suisse de survie en milieu hostile (ouvre bouteille, mini-tronçonneuse, scie à molette et brosse à dents). Pour finir le chapeau du docteur Livingstone que m’a vendu un antiquaire de Gorge-les-Profondes qu’il m’a assuré tenir de la belle-sœur du fils du cousin de la grande tante du frère d’Henry Morton Stanley. Je me munissais aussi d’un appareil photo, qui me permettrait de prendre... des photos ! Je sais qu’un fauve, très dangereux et extrêmement vorace, se cache dans la jungle du voisinage, il me faut donc prendre toutes les précautions. Je me suis donc armé d’une bouteille de lait Candia (Lait vitaminé, 10 vitamines, 10% offerts contre le ticket de caisse), quelques croquettes offertes par les établissements JoliChaton ™®© de Morteau-les-Mines. J’écrivais, avant de partir dans cette aventure palpitante et dangereuse, mon testament ; léguant l’ensemble de mes chers livres et la cafetière Krups Tamping system expresso à la société de géographie de Long-le-Sonneur (Jura). Ayant tout fermé ; sans oublier l’électricité et la fenêtre des toilettes ; je partis enfin pour peut-être ne jamais revenir. Le soleil était déjà haut et mon voyage serait assez long pour atteindre la tanière de l’animal. J’ouvris la porte de derrière. J’étais arrivé. Heureusement le voyage s’était bien passé. Aucune perturbation atmosphérique, j’avais atterri sans encombres.
Contes écrits avec humour et surréalisme, à partir de petites anecdotes véridiques