DERNIER ÉTÉ
À SAINT-DÉSERT,

UNE JEUNESSE
SOUS LA BOTTE NAZIE

Claude Gohin
illustré par Denis
140 pages - format A5

classique Plus qu’un “Journal de guerre” — écrit au jour même — ce livre raconte l’histoire d’un jeune homme dont la jeunesse est bouleversée par cette guerre ignoble. Périple historique de 1939 à 1945, de Paris à Saint- Désert, en bourgogne, puis de Saint-Désert à Berlin avant le dernier retour... survivant de la barbarie.
[...] Vendredi 16 juillet 1943 Madeleine part pour Saint-Désert, nous laissant seuls François et moi. Nous sommes tous les deux face à notre fin de guerre, lui dans un camp, moi dans un autre, mais nous savons qui gagnera. Quand ? Dans quelques mois ou dans 2 ou 3 ans ?? Samedi 17 juillet 1943 7h du matin : on sonne à la porte du 190 boulevard Malherbes : je vais ouvrir... deux fridolins sont là, en civil, et vien- nent me chercher pour m’emmener eu commissariat du XVIIème. Là j’apprends que j’ai été dénoncé par une lettre anonyme et que l’on viendra voir lundi 19 si je suis parti. La lettre anonyme ne peut venir que de chez le peintre Pierre Jérôme, qui est au courant de mes hésitations. François, je le pense alors, a bien fait de ne pas se faire voir. Dimanche 18 juillet 1943 Ultime pique-nique entre nos amis les Croissant, François et moi, car mon frère part lui le 22 juillet. Chapitre III Temps de la servitude 19 juillet 1943-24 avril 1945 Mes 21 / 23 ans Lundi 19 juillet 1943 9h30 Je suis à la gare de l’Est, mais il n’y a pas de train avant ce soir et je déjeune à midi, après avoir déposé mes bagages à la consigne, près de la gare, et rentre à la maison. À 19h avec François et les Croissants qui m’accompagnent avec un seau de riz assaisonné par eux, des biscuits et du chocolat pour le voyage, j’arrive de nouveau en gare, un journal à la main. Je reprends mes bagages et j’attends le train. Et voilà que je retrouve mes amis Routiers qui partent vers les Vosges et veulent encore m’entrainer avec eux. Mais les problèmes demeurant, je refuse avec grande tristesse. L’aventure et l’adieu est très chaleureux. Sur le quai je trouve des jocistes et un séminariste. Je monte avec eux dans un wagon. Le train est très, très long : 20 wagons au moins. Le départ est annoncé pour 21h30 et je serre la main de François, avec amertume et regret de ne pas être comme lui et sa perspective de retrouver la liberté (même s’il passera quelque temps dans le camp de Miranda, en Espagne, il pourra réaliser déjà son rêve à Casablanca). Je lui dis alors : “Prie pour moi comme je prierai pour toi, restons fidèles à l’exemple des parents.” Le train s’ébranle et la marseillaise éclate dans tout le train, les mouchoirs sortent vers ceux qui sont sur le quai, tandis que l’hymne de la République Française rebondit sur Paris, chanté par plus de 2 000 voix. Dans le soir qui tombe, nous saluons nos compatriotes de banlieue. C’est le train des « requis », des STO qui vont en pays schleu. [...]
Journal de guerre écrit au jour le jour entre 1939 et 1945 par Claude Gohin