EUGÈNE POTTIER,
UN DÉFENSEUR
DU PROLÉTARIAT

Ernest Museux

222 pages - format poche

Une biographie tendre et respectueuse, à la découverte d’un homme, dont l’oeuvre poétique de l’auteur de la chanson la plus célèbre au monde : L’internationale, est fort peu connue, et pourtant elle est d’une humanité incroyablement bouleversante.

PRÉFACE Eugène Pottier fut toute sa vie un travailleur acharné qui eut trop souvent à compter avec la misère. Ce fut un militant qui, sans une heure de défaillance, lutta énergiquement et héroïquement pour l’avenir meilleur du plus grand nombre : les Travailleurs ! Sa vie est celle de tous les siens. Né de parents pauvres, il fut tour à tour ouvrier emballeur, pion, dessinateur sur étoffes. En 1848, il est aux barricades comme en 1871 à la Commune. Après la défaite, il prend le chemin de l’exil, il végète en Angleterre, en Amérique, puis, à l’amnis- tie, vieillard de plus de soixante ans, il rentre dans son cher Paris, perclus de douleurs, paralysé, sans fortune, dans l’impossibilité de gagner sa vie. En 1887, il s’éteint. Voilà en quelques mots la vie si bien employée, si fortement remplie de ce digne citoyen. A côté de cette vie matérielle, Pottier vécut une vie d’artiste. Les vers, dès son jeune âge, l’attiraient, il devint sans contredit un de nos plus grands poètes révolutionnaires — peut-être le plus grand — malgré tout son talent, il n’eut pas la satisfaction de jouir de sa gloire comme il le méritait. Il resta jusque fort tard inconnu, oublié, délaissé et, sans des amitiés sincères, il n’eût jamais été édité, peut-être ! A quoi cela tient-il ? C’est que Pottier n’était pas un mendiant de popularité ; Pottier était la modestie en personne. Pottier a produit énormément ; il eût pu être classé parmi nos meilleurs poètes, si ses œuvres eussent vu le jour à leur heure, régulièrement, par le livre. Peu soucieux de la réclame, il donnait à droite et à gauche, jetait ça et là ses meilleures œuvres en feuilles volantes, qui se dispersaient. Il semait, disséminait, sans songer à sa réputation, à sa valeur, et cependant, il en est peu qui l’aient valu. Mais il a fait dans le monde entier une propagande inouïe, et — on peut le dire — Il a, par ses écrits, fait faire à la question sociale un très grand pas. Il nous a semblé qu’il était temps de rendre à Pottier ce qui lui appartient, Il nous a semblé qu’il était temps de grouper nos souvenirs, d’esquisser cette grande et belle figure d’un des plus fervents défenseurs du Prolétariat, parmi les plus dignes. L’auteur Chapitre I AVANT LA COMMUNE La vie d’Eugène Pottier est étroitement liée à son œuvre. Etudier son œuvre, c’est étudier l’homme qui n’eut qu’une passion : celle des vers. C’est ce que nous allons faire. Eugène Pottier naquit à Paris, le 4 octobre 1816, de parents pauvres. C’est dire qu’il s’est, fait lui-­même et qu’il est par excellence le fils de ses œuvres. Son père, ouvrier emballeur, suffisait à peine aux besoins de la famille et le jeune Pottier fut, dès l’âge de treize ans, obligé d’entrer en apprentissage. Déjà, à cette époque, Eugène était attiré vers la littérature, vers la poésie qu’il admirait ; mais son père ne voyait rien de plus beau que le métier d’emballeur et l’imposa à son fils. Ce métier manuel ne plût pas à Eugène, il se fit pion, afin de pouvoir plus à son aise caresser la muse. On devine quelle vie de misère il dut subir. Le pion, fâché avec son père, n’avait pas toujours de quoi manger, mais il rimait et cela le consolait. De pion il devint commis papetier et enfin dessi- nateur sur étoffes, métier dans lequel il excella et qu’il conserva jusqu’à la Commune. Il était alors arrivé à se trouver à la tête d’une importante maison, mais la Commune, son rêve, le prit tout entier, il céda sa maison. Nous avons dit qu’Eugène Pottier avait un penchant pour la rime. Dès 1830 ; c’est-à-dire à quatorze ans, il lançait sa première chanson, intitulée : Vive la liberté. Il s’annonçait déjà pour ce qu’il devait être un jour : un chansonnier révolutionnaire. Deux ou trois ans plus tard, il publia une brochure contenant une douzaine de chansons célébrant particulièrement le vin et l’amour, mais il quitta bientôt ce genre pour entrer dans la voie qu’il ne quittera plus : la chanson politique la poésie révolutionnaire, la critique sociale. En 1840, il publia la chanson intitulée : Il est bien temps que chacun ait sa part, laquelle eut un retentissement immense. Il continue à écrire des chansons dont nombre est contenu dans son volume « Quel est le fou ? » C’est, en 1847 : Le fumier ; en 1848 : Les arbres de la liber- té, Mirliton, La pétition des épiciers ; Le coup d’Etat de 1851 arrive ; le 4 décembre, Pottier lance : Qui la vengera ? La République est morte, Dans sa bière on la porte Je suis son fossoyeur. — Qui donc, mon Dieu ! La vengera ? Je suis son fossoyeur Et j’enterre mon cœur ! La verra qui vivra ! La terre enfantera ! Le marteau chantera ! Le travail fleurira ! La rose rougira ! [...]

Biographie tendre et respectueuse du poète Eugène Pottier, auteur de l'Internationale