GAZETTE
tome I - du 25 mai au 30 septembre 2020
Denis

204 pages - format 10,5x29,7cm

Gazette, ce sont des petites histoires courtes sur un thème littéraire donné, issues d’anecdotes fictives ou réelles.

n°1 - lundi 25 mai 2020 Longtemps j’ai écrit de bonne heure Longtemps j’ai écrit de bonne heure... La première de cette “Gazette”, je voudrais la consacrer à cette première phrase d’un roman... que l’on appelle “incipit”. Comment commencer un roman ? Quelle accroche choisir ? Je voulais commencer un roman policier et une phrase traversa mon esprit : “Le corps était sans vie.” — Un peu court non ? me dis-je à haute voix. — Oui, il manque quelque chose mon grand, me répondis-je. n.b. : je me parle souvent à moi-même... une vieille habitude. — Et ça alors ? : “Le corps d’Aldebert était sans vie”. — Toujours aussi court, fis-je. — Bon bon... voyons... tiens, voilà : “Le corps démembré était là, gisant dans une mare de sang, les tripes à l’air, un rictus déformant son visage. Aldebert était mort”. — Graaave ! Là en y a trop. — Tu fais chier ! Je réfléchissais un peu... — Alors tu trouves ? me demandais-je. — Aaaaattends !... tiens : “Aldebert avait glissé sur une peau de banane, il s’était fracassé le crâne” — C’est un peu con. Et puis le truc de la banane, ça fait burlesque. — Rôôôôôô, t’es jamais content. — Ben oui, et puis ce prénom : “Aldebert”, ça te vient d’où ça ? — Là tu m’agaces, tu sais. Qu’est-ce que je dois écrire alors ? — Je sais pas, c’est toi l’écrivain. Soudain, une illumination. — Je sais ! — Ah ? — Oui... je vais écrire un livre de cuisine ! Moins de suspense et pas d’incipit, comme ça tu me foutras la paix... ...Namais ! Épinac, le 25 mai 2020 *** n°2 - mardi 26 mai 2020 L’expression populaire Les dictionnaires sont nombreux, on en trouve à toutes les sauces. Mais le plus illustre est sans conteste celui de l’Académie française et ce depuis... 1694. Ce n’est pas peu dire. Combien ils sont nombreux de nos grands auteurs(1) à avoir participé à sa rédaction. Mais parmi tous ceux-là, il est à noter Cléophus, Nathaël, Firmin du Plessis de la Motte Beuvron (1783-1871) auteur oublié de quelques ouvrages essentiels : “Les hiéroglyphes et les Incas, un mystère”(2), “Napoléon et Louis XIV”(3), “Dictionnaire de mathématique appli- quée à l’étude des vers de terre”(4), “Les fausses vérités sur bébé Donge”(5) et enfin son œuvre majeure : “Les malheurs du sophiste”(6). Une seule anecdote est a retenir de la vie trépidante de Cléophus, avant son élection au sein de l’illustre aréopage du quai Conti. En effet, le 26 mai 1855, un journaliste, Germain Lampiste, faisant une chronique à propos de Cléophus dans une obscure Gazette républicaine, osa affubler son patronyme d’un “s” final. L’offusqué écrivit alors au plumitif pour lui dire son indignation : “La Motte Beuvron, mon cher ami, ne prend pas d’aisse là où vous prîtes vos aises [...]”(7) et l’inviter à se rendre sur le champ au pré afin de tirer les choses au clerc(8) et à participer bon gré mal gré à une rencontre à caractère dualiste. Cléophus et Germain se rencontrèrent le lendemain, dimanche 27 mai 1855 devant Saint-Germain des Près, durant que les dames étaient à l’office. Germain pensait qu’il était sous une bonne étoile, mais il fut arrêté par la police pour fait de tentative d’assassinat, selon la jurisprudence de l’époque. Monsieur du Plessis de La Motte Beuvron, quant à lui, fut excusé au regard de ses nombreux soutiens hauts placés. C’est de là qu’est née l’expression popu- laire fort connue : “Être un lampiste”, en hommage à Germain, qui d’ailleurs après avoir été condamné aux travaux forcés, en(9) colonie à Cayenne, s’est échappé et est devenu en 1895, sénateur du Maisséchaussettes(10) en se faisant passer pour être George Frisbie Hoar(11). Épinac, le 26 mai 2020 (1) Et certainement pas assez de nos grandes auteures, NdA. (2) Éditions Hachier, Paris 1816. (3) Talbin Michel, Paris 1830. (4) Larosse éd., Paris 1834. (5) Flemmard & Riyon éd., Paris 1842, d’après un drame rural durant la restauration rapide (1814-1815). Cet ouvrage inspira Georges Simenon. (6) Le Mercurochrome de France éd., Paris 1847. L’ouvrage est préfacé par la Comtesse de Ségur. (7) Lettre de Cléophus du Plessis de la Motte Beuvron à Germain Lampiste, arch. nat. réf. “CDPDLMB-GL-1849” (4ème sous-sol, 2ème porte à droite). (8) Le claviste responsable de cette couille a déjà été fouetté. On notera qu’une couille avec un cul, c’est une coquille ! NdA. (9) Le claviste a été éviscéré durant la pause déjeuner. (10) Recherche jeune et talentueux claviste. Avantages sociaux, masques offerts. (11) Thierry Meyssan dans son ouvrage : “Le Titanic navigue encore”, page 876, lire le témoignage de Henriette Dumans-Frisbie- Desplages, nièce du sénateur (1866-2016). [...]

Tome 1 des Gazettes de Denis éditions, nouvelles diverses sur un thème littéraire