GRAND DICTIONNAIRE
DE CUISINE

Alexandre Dumas
illustré de dessins d’Honoré Daumier

3 tomes
602 pages format carré (21x21cm)

Alexandre Dumas “écrit la cuisine” comme il écrit un roman, c’est à la fois passionnant et salivant. La cuisine selon Dumas, c’est une aventure, un périple. Certaines recettes sont obsolètes, mais soyez passionné, comme un mousquetaire des fourneaux.

QUELQUES MOTS AU LECTEUR L’homme reçut de son estomac, en naissant, l’ordre de manger au moins trois fois par jour, pour réparer les forces que lui enlèvent le travail et, plus souvent encore, la paresse. Comment l’homme est-il né ? Dans quel climat assez vivifiant et assez nourricier, pour arriver, sans mourir de faim, à l’âge où il peut chercher sa nourriture et se la procurer ? C’est là le grand mystère qui a préoccupé les siècles passés et qui préoccupera, selon toute probabilité, les siècles à venir. Les plus anciens mythologues le font naître dans l’Inde ; et, en effet, l’air tiède qui s’élève entre les monts Himalaya et les rivages qui s’étendent de la pointe de Ceylan à celle de Malacca indique assez que là fut le berceau du genre humain. D’ailleurs l’Inde n’est-elle point symbolisée par une vache ? Et ce symbole ne veut-il pas dire qu’elle est la nourrice du genre humain ? Combien de pauvres Hindous, qui ne se sont jamais préoccupés de ces symboles, ne se seraient-ils pas crus damnés s’ils n’étaient pas morts en tenant dans leurs mains une queue de vache ? Mais, quelque part que l’homme soit né, il faut qu’il mange ; c’est à la fois la grande préoccupation de l’homme sauvage et de l’homme civilisé. Seulement, sauvage, il mange par besoin. Civilisé, il mange par gourmandise. C’est pour l’homme civilisé que nous écrivons ce livre ; sauvage, il n’a pas besoin d’être excité à l’appétit. Il y a trois sortes d’appétits [...] Abaisse. - Ne pas confondre avec bouillabaisse, nom d’un potage connu dans le Midi. L’abaisse est une pâtisserie qui occupe le fond d’une tourte ou d’un vol-au-vent. La manière de confectionner l’abaisse se trouvera à l’article Pâtisserie). Abatis. - On appelle abatis les crêtes et les rognons de coq, les ailerons de poularde, les moelles épinières, les ailerons, les pattes, le gésier et le cou du dindon, ris et cervelle de veau, langues de mouton, etc. Les crêtes et les rognons de coq s’emploient pour la garniture de tous les grands ragoûts comme aussi pour celle des pâtes chaudes et des vol-au-vent ; mais quand on veut en faire un plat à part, il faut les faire cuire dans une casserole avec du bouillon, où l’on ajoutera de la moelle de bœuf à laquelle on adjoindra des champignons, des tranches de fonds d’artichauts aux truffes, ou des rouelles de céleri, selon la saison. On leur fait prendre au moment de servir une liaison composée de quatre jaunes d’œufs et du jus de la moitié d’un citron ; ne laissez pas épaissir la sauce, la substance de ce ragoût étant déjà très mucilagineuse ; il est d’habitude de le servir dans une casserole au riz ou dans un vol-au-vent, c’est un plat de famille dont on n’use guère pour les grands repas. Le véritable abatis populaire est l’abatis de dinde, et c’est un des meilleurs plats de la cuisine bourgeoise. Flambez et épluchez une douzaine d’ailerons de jeunes dindes, ajoutez-y le cou, les pattes et le gésier ; prenez une casserole, coupez-y de gros lardons de jambon, faites-les roussir de belle couleur ; à ce point retirez-les et jetez dans cette graisse vos ailerons, que vous faites revenir également jusqu’à ce qu’ils soient bien blonds ; puis assaisonnez de sel, de poivre, de muscade ; coupez quelques gros oignons ; et lorsque le tout sera bien revenu et que vous aurez obtenu une certaine cuisson, ajoutez quelques cuillerées de farine à laquelle vous faites également prendre couleur ; arrivé à ce point, égouttez vos abatis de leur graisse, ajoutez un bouquet garni et mouillez avec quelques cuillerées de consommé jusqu’ au niveau de vos abatis ; couvrez d’un papier beurré, passez au four, et à défaut de four faites cuire feu dessus feu dessous, et laissez mijoter jusqu’aux trois quarts de leur cuisson. Pendant ce temps vous aurez épluché des navets bien tendres, vous les taillerez en grosses gousses d’ail, jetez-les dans un plat à sauter, faites-leur bien prendre couleur, distribuez-leur le sel et le poivre, que le poivre domine ; un bouquet de persil ; une pointe de sucre ; lorsqu’ils seront bien glacés et à une certaine cuisson, égouttez-les de leur beurre, passez la cuisson de vos abatis qui doit être arrivée à la cuisson d’une demi-glace, ajoutez vos navets à vos abatis, dégraissez bien votre cuisson, passez dessus vos ailerons et laissez sur un feu doux jusqu’à complet achèvement de cuire. (Recette de Verdier, Maison d’Or). Abatis populaires. - Parez proprement les ailerons, le gésier, les pattes et le cou, dont vous aurez soin d’ôter la tête ; mettez dans une grande casserole et sur un grand feu de charbon un bon morceau de beurre manié de fleur de farine ; lorsqu’il est en plein roux faites-y revenir et sauter votre abatis pendant sept à huit minutes ; ajoutez-y du bouillon chaud, ayez soin de ne pas le mêler à votre roux tout à la fois ni brusquement ; mettez-y un bouquet de persil, thym, laurier, basilic et sauge, joignez à votre bouquet deux oignons piqués d’un clou de girofle, et vous laisserez bouillir un quart d’heure et puis vous ajouterez six navets de Freneuse, quatre fortes rouelles de carottes, six pommes de terre violettes, un topinambour et un pied de céleri dans son entier ; ne tournez pas vos légumes, il est suffisant de les ratisser, et la moindre apparence de recherche aurait l’inconvénient de faire perdre à ce vieux ragoût son air de simplicité bourgeoise et sa grâce naturelle ; dégraissez bien exactement après une heure et demie de cuisson mijotée, dressez proprement vos légumes autour de l’abatis, que vous recouvrirez des ailerons comme les morceaux d’honneur ; puis, comme il est bon qu’elle reste onctueuse à cause des pommes de terre, passez votre sauce au simple tamis de crin. (Recette du marquis de Courchamps). Abatis de dinde aux navets. - Prenez les abatis de deux dindes, blanchissez-les, prenez 125 grammes de lard, coupez-le en carrés, faites-le blanchir également pour enlever le sel ; faites un roux bien blond, passez vos lardons dedans ; rissolez-les, ajoutez vos membres coupés, faites revenir également avec un bouquet de thym, laurier, persil ; mouillez le tout à l’eau chaude, ajoutez-y une demi bouteille de vin blanc. [...]

Dictionnaire à lire presque comme un roman, un roman d'Alexandre Dumas