GRENELLE
Marie-Aimée Latournerie

80 pages - format A5 classique

Une histoire d’une des plus longue rue de Paris, au travers de quelques anecdotes oubliées. Marie-Aimée Latournerie nous livre ici un ouvrage rare et emprunt de nostalgie.

Chapitre I Où l’on fait à pied le tour de la plaine de Grenelle La plaine de Grenelle est l’œuvre d’un méandre de la Seine… à supposer d’ail- leurs que ce soit la Seine qui traverse Paris puisqu’au confluent à Montereau, le débit de l’Yonne est, selon certains, supérieur à celui du fleuve dont cette rivière capricieuse, venant du Morvan, est censée être l’affluent. Faire le tour à pied de cette plaine est un voyage d’environ trois heures dans l’espace et de plusieurs siècles dans le temps. Du Pont Royal à l’héliport de Paris par la rue des Saints-Pères, la rue de Sèvres et la rue Lecourbe Louis XIII voulut ce pont pour remplacer le bac qui avait servi à transporter, depuis les carrières de Vanves et de Montrouge, les pierres nécessaires à la construction du palais des Tuileries, non sans provo- quer quelques accidents. On le fit en bois et à péage ; il brûla, fût emporté par les crues du fleuve, pour la seconde fois en 1684. De 1685 à 1689 Louis XIV le fit reconstruire en pierre, sur les finances de l’Etat, nouvelle marque forte d’autorité royale sur la rive gauche de la Seine. En passant à l’angle du quai et du 1 rue de Beaune, devant la maison où il mourut, une pensée pour Voltaire, en souvenir de l’affaire Calas. Les Protestants, qui avaient tenu leur premier synode rue Visconti et installé une colonie dans ce quartier eurent, jusqu’à la révocation de l’Edit de Nantes en 1685, un cimetière rue des Saints-Pères. Les Ukrainiens y ont aujourd’hui une église. Au croisement du boulevard Saint- Germain, en observant le flot des voitures arrivant de la droite, on perçoit qu’elles viennent de gravir une légère pente depuis la rue du Bac. Au début de la rue de Sèvres, un coup d’œil au jardin dédié à Marguerite Boucicaut, femme dont Pasteur apprécia la philanthropie puis au Bon Marché, premier grand magasin de Paris que Zola fustigerait peut-être tel qu’il est devenu. C’est grâce à d’autres philanthropes que fut créé un peu plus loin, sur un terrain acheté à l’abbaye de Saint-Germain- des-Prés, l’Hospice des incurables, ancê- tre de l’Hôpital Laennec, dont les services ont été transférés en 2000 au bout de la plaine de Grenelle au nouvel Hôpital Pompidou ; seuls sa chapelle et le terrain de son ancien potager ont résisté à une nouvelle affectation à usage de bureaux et de logements de luxe. A la station de métro Duroc, au croise- ment du boulevard du Montparnasse, on perçoit à nouveau nettement la limite de la plaine de Grenelle. De même à la station Sèvres Lecourbe où, à cette jonction du boulevard Garibaldi et du Boulevard Pasteur, on peut chanter un petit couplet : Pour augmenter son numéraire Et raccourcir notre horizon, La Ferme a jugé nécessaire De mettre Paris en prison(1). En effet, en 1785 [...] (1)Auteur anonyme, cité par Louis Petit de Bachaumont, dans “Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des lettres en France”, tome XXXIV, page 188 (John Adamson éd., Londres 1789).

Livre sur l'histoire de la rue de Grenelle, son quartier et d'un immeuble particulier